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31 juillet 2007 2 31 /07 /juillet /2007 17:54
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/opinions/3_questions_a/20070731.OBS8861/il_voulait_permettre_un_veritable_debat.html

par Franck Michalon, frère de Vital Michalon, manifestant tué à Malville il y a trente ans

LA MORT D'UN MANIFESTANT ANTI-SUPERPHENIX

 

"Il voulait permettre un véritable débat"

NOUVELOBS.COM | 31.07.2007 | 14:52

 

Dans quel état d’esprit vous rendez vous à Malville ?

- Il y a trente ans Vital est parti manifester à Malville avec Paul, un autre de mes frères, et un groupe de copains. La répression de la manifestation a tué un Michalon sur deux. Trente après nous sommes trente de la même famille à venir nous recueillir à l’endroit où Vital a été tué. C’est d’abord cette image là, cette signification, que je retiens

Qui était Vital Michalon ?

- Beaucoup de contre-vérités ont été dites sur Vital. Ce n’était pas un "militant antinucléaire", il n’était inscrit dans aucun parti, aucune association, et surtout pas comme je l’ai entendu dire, dans un groupuscule anarchiste. C’était un homme de 31 ans, non violent. Dans les années 60 il avait visité, à pieds, le Népal, puis il était allé vivre dans un kibboutz en Israël. Il était libre de tout engagement et possédait une formation scientifique. Il avait d’ailleurs fait un stage de quelques semaines au Centres d’études nucléaires de Grenoble. C’est fort de ses connaissances scientifiques qu’il pensait que Superphénix était une folie. C’est uniquement pour cela qu’il était allé manifester.
Il avait fait son service militaire, en suivant l’école des officiers de réserve, dans les chasseurs alpins. Il connaissait les réalités du danger, il connaissait les explosifs militaires, mais c’était un pacifique. Il s’est retrouvé par hasard en première ligne de la manif lorsque celle-ci avait été coincée dans l’entonnoir où le préfet de l’époque avait fait s’installer les forces de l’ordre. Il a identifié les grenades lacrymogènes, puis les grenades offensives qui étaient expédiées, à tirs tendus, sur les manifestants. Il donnait des consignes à Paul et aux autres copains pour qu’ils puissent respirer, et ne perdent pas leurs tympans dans les explosions.
On n’a aucun témoignage décisif sur ce qu’il s’est réellement passé. Seulement deux éléments : le premier c’est que des témoins l’ont vu sortir d’une haie, courbé en deux, se tenant le ventre, suivi par deux membres des forces de l’ordre qui lui ont tourné autour, fusils pointés vers lui, alors qu’il était au sol, puis qui sont partis. Le deuxième c’est la trace d’un impact circulaire de 6 centimètres relevé sur son thorax. C’est la taille d’une grenade. Les autorités ont dit dans un premier temps qu’il était mort d’un arrêt cardiaque, mais l’autopsie a conclu qu’il était décédé parce que ses poumons avaient explosé. Les enquêtes n’ont rien donné. Tout cela s’est terminé par un non lieu et la famille a du payer les frais de justice. Depuis trente ans l’Etat ne s’est jamais manifesté auprès de la famille, quels que soient les gouvernements : ni regrets, ni excuses, ni même de la simple compassion.

Quel sens donnez-vous à ce rassemblement, trente ans après la mort de votre frère ?

- Au début ce rassemblement sera strictement privé, nous voulons nous recueillir, sans déranger personne, à l’endroit où Vital a été tué. Le réseau "sortir du nucléaire" a proposé à ceux qui le souhaitent de se retrouver pour commémorer cet acte criminel de l’Etat et nous a proposé de nous y associer. Nous voulons que l’Etat soit véritablement démocratique, comme le souhaitait Vital pour le nucléaire. Pour lui l’Etat devait permettre un véritable débat des citoyens sur l’opportunité ou non de construire des centrales nucléaires. Ce qu’il n’a pas fait. Pour nous cette demande est donc toujours d’actualité, comme elle l’est pour le débat sur les OGM qui pourrait se traduire, ensuite, par un référendum auprès de citoyens informés. C’est pour cela que nous nous associons à la commémoration de "sortir du nucléaire". Car tant que l’Etat n’a pas montré qu’il est réellement démocratique cela peut conduire au drame comme pour Vital, et on ne peut pas dire que Vital n'est pas mort pour rien. Mais c’est aussi pour cette raison que nous y associons la mémoire du photographe de Greenpeace tué dans le sabotage, par les services français, du "Rainbow warrior" et celle de Sébastien Brillat tué il y a deux ans alors qu’il manifestait contre un convoi transportant des déchets nucléaires.

Propos recueillis par Robert Marmoz
(le mardi 31 août)

 

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Published by Stéphane
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